dimanche 14 janvier 2018

CINEMA DE MINUIT - LE GRAND BOUM...

Bonjour les amis !

Reprise (enfin !) du CDM avec un cycle Seconde Chance 
qui commence ce soir, à 00 H 25, avec Aux Postes de Combat (1965), de James B.Harris...


Bonjour les amis !

Le cycle qui s'ouvre se propose de faire redécouvrir des films qui n'ont pas forcément fonctionné à l'époque de leur sortie, voire d'apporter un éclairage sur des cinéastes méconnus.
C'est le cas de James B.Harris.


Harris est avant tout connu des cinéphiles comme le producteur des premières grandes oeuvres de Stanley Kubrick : L'Ultime Razzia, les Sentiers de la Gloire, Lolita.



Etrangement, leur collaboration s'achève au moment où Kubrick s'apprête à mettre en chantier son Docteur Folamour , formidable farce satirique autour de la Guerre Froide et du péril nucléaire.


Ces deux-là ont-ils commencé à rêver du projet ensemble ? Toujours est-il que le passage d'Harris à la mise en scène se concrétise lui aussi par une mise en perspective de l'Equilibre de la Terreur, traité cette fois, et de façon glaçante, au premier degré.
Sur une trame très simple, la poursuite, dans l'Arctique, d'un destroyer soviétique par un destroyer américain, le cinéaste et son scénariste, James Poe, composent une oeuvre très forte où s'entremêlent des thèmes aussi forts que la paranoïa, l'abus de pouvoir et la peur de l'apocalypse.
La réussite du  film tient également beaucoup à l'implication de son acteur principal, Richard Widmark, également producteur .


Aimant à ruer dans les brancards, Widmark prend ici plaisir à mettre les Etats-Unis devant leurs responsabilités en incarnant un militaire que le pouvoir rend progressivement fou.
Egalement fort bien interprété par Sidney Poitier, Martin Balsam et James MacArthur (le futur Danny de Hawai Police d'Etat), le film peut prendre place sans rougir parmi les grands films de l'époque traitant du même sujet, comme Folamour ou encore Point Limite, de Sydney Lumet

Trop court extrait du film :


dimanche 10 décembre 2017

CINEMA DE MINUIT - CHAPLIN SANS CHARLIE...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 25 sur France 3 : L'Opinion Publique (1923), de Charles Chaplin...


Pour le grand public, et dans l'inconscient de tous, un film de Chaplin, c'est un film AVEC Chaplin, et de préférence, avec Charlot.
Deux films firent pourtant exception à cette règle : La Comtesse de Hong-Kong, oeuvre ultime du maître, qui réunissait, en 1966, Marlon Brando et Sophia Loren...


et cette Opinion Publique, titre français étrange donné à A Woman of Paris. Mais si la Comtesse est la bien piteuse conclusion d'une carrière éclatante, le film de ce soir, lui, est un chef d'oeuvre, et vachement culotté, encore.
Chaplin sort alors du triomphe de son premier long métrage, The Kid. 
Mais il est surtout frustré : en 1919, il fonde , avec Douglas Fairbanks, D.W.Griffith et Mary Pickford, la United Artists , qui doit permettre aux artistes de monter les projets qui leur tiennent à coeur, en toute liberté.


Sauf que lui, Chaplin, il est pas en liberté : la First National , chez qui il a signé, refuse de lui rendre son contrat , et l'oblige à tourner les six films qu'il lui a promis. En 1921, après avoir tourné trois courts métrages pour faire un compte rond, Chaplin est libre de faire ce qu'il veut.
Et ce qu'il veut faire , c'est un drame. Un drame destiné à montrer qu'il n'est pas qu'un comique, mais aussi un créateur. Et d'autre part, un film destiné à installer la carrière d'Edna Purviance.


Partenaire féminine régulière de Chaplin depuis presque dix ans, Edna fut , brièvement, sa compagne en 1915-1916. Mais ils sont , et demeureront, d'ailleurs, très proches. Pour qu'elle prenne son indépendance cinématographique, Chaplin lui offre donc une rampe de lancement. Or, pour une jolie et talentueuse comédienne américaine, la voie royale, ce n'est pas le burlesque, c'est le drame.
Charlot s'efface donc et écrit un pur mélodrame : une jeune fille de campagne en fugue amoureuse, abandonnée par son amant, devient demi-mondaine à Paris. Un jour, évidemment, elle recroise l'amant...
Sauf que Chaplin ne compte pas du tout monter un mélodrame classique et flamboyant. Suivant en cela l'exemple de Griffith, il dirige ses acteurs dans le sens de la retenue, conscient qu'il est que ses contemporains passent plus de temps à cacher leurs sentiments qu'à les exprimer. 
La mise en scène est donc d'une grande subtilité, d'une grande finesse, et toute la distribution est au diapason. Edna Purviance livre ici une composition très juste, et le film révèle un autre très bon comédien : Adolphe Menjou.


Celui qui aimait à dire qu'il devait sa carrière à sa fine moustache, devint rapidement un pilier des films Fairbanks-Pickford, où il jouait couramment des rôles de français, langue qu'il maîtrisait parfaitement de par ses origines (ce qui n'était pas forcément utile dans le cinéma muet, mais bon.). Son côté charmant s'opposait aux rôles de méchants qu'on lui confiait. Il fuit un des premiers méchants charismatiques.
C'est le cas ici . L'homme vil qui entretient la pauvre Marie n'est pas une brute. C'est un homme doux, civilisé , bien plus enjôleur que l'amant gauche , joué par Carl Miller -qui, lui, jouait déja dans Le Kid. 
Menjou devient ensuite un acteur fétiche de Ernst Lubitsch. A cette occasion, beaucoup d'historiens du cinéma s'interrogèrent sur l'influence que le Chaplin de A Woman of Paris aurait pu avoir sur le futur cinéaste de Comédiennes (avec Menjou) , qui sortira deux ans plus tard.
Seulement voilà, en Allemagne, Lubitsch filmait déjà depuis 1914, dans plein de genres différents, y compris la comédie dramatique urbaine, où est née la fameuse Lubitsch Touch. 
Plutôt que de chercher qui a devancé l'autre, on peut quand même parler de porosité, puisque durant tout le tournage de l'Opinion Publique, Chaplin vivait une liaison torride avec... Pola Negri, actrice fétiche de Lubitsch, avec lequel elle était en train de tourner Rosita...

La critique fut enthousiaste comme jamais devant le film. Mais le public ne suivit pas. Il n'avait pas envie de voir un Chaplin sans Charlot. Ce qui n'était pas complètement vrai, l'artiste s'étant réservé le rôle clin d'oeil d'un porteur...
Vexé, Chaplin retira le film et le laissa invisible pour des décennies. En 1976, peu de temps avant sa mort, il se laissa convaincre de ressortir le film, qui fut acclamé à sa juste mesure.

A l'époque, pour laver l'affront, Chaplin se lança dans l'épique aventure de la Ruée vers l'Or, beaucoup moins intimiste, mais beaucoup plus rentable...

A plus !

Fred.




vendredi 1 décembre 2017

CINEMA DE MINUIT - QUAND PASSE LA MICHELINE...

Bonjour les amis !

Dimanche, à 00 H 25, sur F3 : Paradis Perdu (1939) , d'Abel Gance...


Les années 30 furent un authentique chemin de croix pour le fantasque réalisateur Abel Gance.
Ruiné dès 1930 par l'échec de sa Fin du Monde, il passa le reste de la décennie à accepter des films de commande, parfois fort déprimants, pour retrouver la confiance du métier et du public.


Paradis Perdu fait partie des oeuvres les plus réussies de cette sombre période.
Il s'agit pourtant, là aussi, d'une pure commande , passée par le producteur-scénariste Joseph Than : un mélodrame contant les malheurs d'un artiste peintre, dont le grand amour meurt en accouchant de sa fille, fille pour laquelle il sacrifiera, vingt ans plus tard, une nouvelle opportunité de bonheur.
Sujet casse-gueule, surtout pour Gance, à qui il arrivait de ne pas y aller avec le dos de la cuillère.
Pourtant, ici, aidé par le dialogue du boulevardier Steve Passeur, Gance parvient, notamment dans la première partie, qui se situe avant la guerre de 14, à trouver le ton juste , et à livrer un drame de bonne tenue.
Il est aidé par une toute jeune comédienne qui est la révélation du film : Micheline Presle.


Remarquée l'année précédente dans Jeunes Filles en Détresse, de Pabst, film qui lui donne au passage son pseudonyme (son personnage s'appelle Jacqueline Presle), la jeune comédienne mange la pellicule, irradie de son charisme cette sombre histoire et se paye le luxe de voler la vedette au monstre sacré Elvire Popesco !
Elle est en grande partie responsable du succès du film , succès qui se poursuivra durant l'Occupation, en faisant une de ces madeleines dont le public de ces heures sombres était alors friand.
En 1940, Micheline Presle sera devenue une vedette.
Mais Gance n'a cure du succès du film, dont il ne supervise même pas le montage . Il n'a qu'une seule idée en tête : monter un spectaculaire Christophe Colomb, digne de ses productions du muet.
Mais la coproduction s'effondre.
A la veille de l'armistice, pour l'auteur jadis louangé de J'accuse, tout est encore à recommencer.

Long extrait du film.


A plus !

Fred.


dimanche 26 novembre 2017

CINEMA DE MINUIT - LA GUERRE DES EX...

Bonjour les amis !

Suite et fin du cycle Robert Florey, ce soir à 00 H 25, avec Ex-Lady (1933)...


Il y a des films qui ont d'abord une importance historique, avant que d'être des chefs-d'oeuvre.
Celui de ce soir en est un : il s'agit du premier film mettant en vedette miss Bette Davis.
Le parcours fut long pour celle qui sera la reine du mélodrame Warner .
Les producteurs la trouvaient... moche. Les studios essayèrent de de la transformer , d'en faire une poupée dans l'air du temps. Echec complet, d'abord à la Universal, où elle tourne dans l'indifférence générale son premier film,  Bad Sister (1931), aux côtés d'un autre débutant, Humphrey Bogart...


... Puis à la Warner, où elle n'entre que grâce à l'entregent de Georges Arliss, alors célèbre acteur de théâtre qui exige qu'elle soit sa partenaire pour l'adaptation filmée de sa pièce à succès  : L'Homme qui jouait à être Dieu ...




Le studio la signe sans enthousiasme et essaie de la placer dans ses drames urbains et immoraux qui font alors son succès ... Elle joue alors dans l'ombre de Barbara Stanwyck, de Ruth Chatterton ... Deux films vont lui permettre de prendre du galon : Three on a Match de Mervyn Le Roy, film contant les destinées croisées de trois jeunes femmes, où elle tient la dragée haute à Joan Blondell et Ann Dvorak, et surtout Vingt Mille Ans sous les Verrous, de Michael Curtiz, grand drame qui permet à Davis, pourtant rôle secondaire,  de constituer  un  superbe couple avec Spencer Tracy...



Si ni Curtiz, ni Le Roy , ni Warner ne croient vraiment à l'avenir de la jeune femme, le directeur de production Darryl F.Zanuck est conscient de la large palette de l'actrice. Elle accède donc pour la première fois au vedettariat,  rôle principal, nom au-dessus du titre et tout avec cet Ex-Lady, son dixième film pour le studio, où elle est arrivée l'année précédente (!).
Le film est un remake d'Illicit, que Barbara Stanwyck avait tourné deux ans auparavant !


A l'époque, le film avait déjà outré les ligues de vertu : le mariage y est en effet fort malmené . L'héroïne y refuse d'épouser son compagnon, puis , ayant cédé, s'ennuie : le couple divorce, puis revit son amour en couple libre ! Scandale !
Le remake fera le même barouf, et sera même, dit-on , en partie responsable de la réactivation du code de censure morale.
Aujourd'hui,le coeur des amateurs de pre-code balance entre la version Stanwyck et la version Davis.
D'abord, parce que Davis, ici, est employée comme une diva pre-code franchement sexy (voir l'affiche) , chose qui n'était pas vraiment son emploi et dans laquelle elle se sentait mal à l'aise . Alors que Stanwyck, forte en gueule et en charme dès le départ, domine totalement son film.
D'ailleurs, Ex-Lady  est trop visiblement un test , visant à fabriquer Bette Davis, ici dotée de toutes les toilettes possibles et imaginables. Avec ces robes, n'importe quelle actrice aurait pu faire le boulot !, dira l'actrice.




Pas faux.
Mais il faut bien, d'autre part, admettre que Florey est un réalisateur plus habile qu'Archie Mayo, et qu'il parvient à donner une grande élégance au film... Et surtout à sa star, ce qui était le but recherché.
But qui ne sera pas atteint, le film ne remportant pas le succès escompté. Davis, consciente qu'on veut faire d'elle une autre actrice que ce qu'elle est, commencera alors une longue guerre de tranchées contre Jack Warner pour choisir ses rôles.

Photo de tournage avec Gene Raymond, Bette Davis et Robert Florey.

A l'issue de ce cycle, que dire de Robert Florey ? Que le cinéaste est sympathique et talentueux, mais qu'il n'a jamais eu l'ambition de choisir ses projets, d'imposer ses vues, ce qui en a fait un faiseur idéal et docile pour des studios gourmands. 
Si Florey avait mis la même énergie , la même exigence dans ses films que dans ses (superbes !) livres SUR le cinéma , nous aurions tenu, pour sûr, un grand auteur.

Extrait du film de ce soir :



A plus !

Fred.




dimanche 19 novembre 2017

CINEMA DE MINUIT - QUOI DE NEUF, DOCTEUR ?

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 25 sur F3, poursuite du cycle Robert Florey avec Bedside (1934)...


Le cycle aurait d'ailleurs pu s'appeler Florey à la Warner, car Brion ne nous présente que des oeuvres de la période 33-46, assez longue et prolifique, il faut le dire.
Assez représentative, aussi, il faut bien le dire, du relatif anonymat artistique où s'enfonce assez vite Florey. Si la Warner ménage un  William Wellman, un  Mervyn LeRoy ou un Michael Curtiz, Florey filme très vite un peu tout et n'importe quoi. Ici, il s'agit très visiblement d'un véhicule pour monsieur Warren William.


La postérité est injuste et a oublié ce fin moustachu que les archéo-cinéphiles américains ont pourtant surnommé le Roi du Pre-Code, cette période qui a précédé la mise en place du code de censure morale à Hollywood. Il faut dire qu'il n'avait pas son pareil pour jouer les salauds dans les drames urbains épicés de la Warner, où il était souvent le tortionnaire d'une actrice maison (Glenda Farrell, Loretta Young).


Rebelote ici, où Monsieur s'avère un charlatan, qui s'installe comme médecin après avoir extorqué son diplôme à un ami drogué (!!). Il prend un assistant, qui fait totu le boulot à sa place (!!).
Sauf qu'un jour, il tombe amoureux...

Il tombe amoureux de Jean Muir, ce qui pourrait être pire...


Cette fort jolie blondinette ne confirmera pas les espoirs que la Warner mettait en elle : douée d'un fort caractère, déçue de ses rôles, elle retourne à Broadway dès 1937.
Après la guerre, tentant sa chance à la télévision, elle sera la première comédienne américain à être blacklistée pour cause de sympathies communistes...

Le film, boosté par la présence du comique maison Allen Jenkins, est un produit de série, où une fois de plus, Florey met son savoir-faire au service d'un propos qui ne le mérite pas .

Bande-annonce du film de ce soir :


A plus !

Fred.

jeudi 9 novembre 2017

CINEMA DE MINUIT -RAPPELLE-TOI, BARBARA...

Bonjour les amis !

Dimanche, à 00 H 25, sur France 3, poursuite du cycle Robert Florey, avec La Femme en Rouge (1935)...



Barbara Stanwyck a toujours fait l'unanimité à Hollywood. Ce qui est rare. Belle, intelligente, professionnelle, elle mena sa carrière de main de maître, franchissant sans soucis les décennies, vieillissant tranquillement à l'écran , et terminant son chemin à la télévision, en grande patronne de La Grande Vallée.


Mais ses premiers succès, elles les dût à Frank Capra , qui en fit l'actrice fétiche de ses premiers parlants (The Miracle Woman, La Grande Muraille..), après lui avoir donné son premier rôle important dans Ladies of Leisure, en 1930...


... Mais elle les dut aussi à la Warner, qui la prit sous contrat dès 1931, et sut percevoir en elle l'interprète idéalede leurs drames urbains mettant en scène des femmes fortes, qui ne s'en laissent pas comptés. Aux côtés de Bette Davis et de Joan Blondell, elle sera la jeune affranchie, souvent issue du peuple, dans des films pre-code fameux tels qu'Illicit ou Night Nurse. 


Cette grande liberté de ton provoquera souvent la fureur des ligues de vertu, notamment dans le cas de Baby Face, où elle incarne formidablement une femme partie de rien, qui utilise sans scrupules les hommes pour parvenir à ses fins.


Mais en 1934, les puritains gagnent la partie, et les actrices hollywoodiennes sont priées d'aller se rhabiller, au propre comme au figuré. La Warner mettra un peu de temps à se retrouver une identité , et ses comédiennes en pâtissent. Les derniers projets de Stanwyck pour la compagnie (celui-ci est son dernier) , ne font pas exception à la règle.
Arrivé en 1933 à la Warner auréolé du succès de Double Assassinat dans la Rue Morgue, tourné pour Universal, Robert Florey se fait assez une place parmi ces women's directors que sont alors William Wellman et Michael Curtiz. Il dirige Glenda Farrell, Ann Dvorak, Kay Francis et Bette Davis, qu'il fait débuter.
On lui confie donc le soin de tourner ce tout petit scénario racontant les mésaventures d'une cavalière tombant amoureuse d'un joueur de polo. La famille n'accepte pas cette liaison, et une histoire criminelle viendra tout compliquer.
La bonne idée est de confier à miss Barbara le rôle d'une cavalière : elle se débrouille en effet très très bien à cheval, et sera une des seules actrices de sa génération à jouer sans doublure dans des westerns, tels Annie Oakley, qu'elle tournera pour la RKO juste après ce film-ci , ou , bien plus tard, le splendide Quarante Tueurs pour Samuel Fuller .



Ce n'est pas une légende : les studios avaient la détestable habitude de tuer leurs stars sur le départ en leur faisant tourner des films médiocres ... Espérons que le savoir-faire de Florey puisse conjurer cette malédiction...

Bande-annonce du film de ce soir :

A plus !

Fred.


dimanche 5 novembre 2017

CINEMA DE MINUIT - BALLADE EN FLOREY...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 25 sur France 3 : Danger Signal (1945), de Robert Florey...




Le Cinéma de Minuit nous fait enfin profiter d'un cycle, et nous invite à redécouvrir pendant quelques semaines l'oeuvre d'une personnalité atypique d'Hollywood : Robert Florey.


Atypique, d'une part, par sa double nationalité : Florey est un français pur sucre , qui obtiendra la nationalité américaine en 1926, après s'y être installé au début des années 20, en tant que correspondant de la revue Cinémagazine. 


Avant d'être un cinéaste, Florey fait en effet partie de cette génération de pionniers du journalisme cinéma. Cette passion fera de lui, très vite, un critique, mais surtout un historien précieux de cet Âge d'Or  des twenties qu'il fréquente de l'intérieur. Curieux de tout, de la technique, des mécanismes de production comme des auteurs et des oeuvres, il se lie très vite avec les personnalités les plus importantes du temps : professeur de français de Douglas Fairbanks, secrétaire et conseiller de Rudolf Valentino, Louise Brooks, il transmettra sa connaissance intime d'Hollywood dans des ouvrages qui font encore aujourd'hui référence :



Après avoir été l'assistant de King Vidor et de Von Sternberg, excusez du peu, il se lance dans le court métrage expérimental, avec un relatif succès, qui incite la Paramount  à lui confier les premières tentatives de cinéma sonore de la compagnie . En 1929, il a le privilège de diriger le premier film des Marx Brothers : Cocoanuts...


L'anecdote raconte qu'il est tellement écroulé de rire pendant le tournage, qu'il sera contraint de rejoindre l'ingénieur du son dans la cabine insonorisée...
La France se rappelle à son bon souvenir pour superviser ses premiers parlants :il aura ainsi le privilège d'assister aux quasi premiers pas de Raimu et Fernandel devant une caméra pour Le Blanc et le Noir , de Guitry...


Florey tourne vite, sans se poser de questions, avec une grande efficacité, et sans chercher à le faire savoir.
Ce côté tout-terrain va finir par se retourner contre lui, les cinéastes le considérant davantage comme une force d'appoint que comme un grand réalisateur.
Il a également le tort de quitter la Paramount, qui lui faisait toute confiance, pour la Warner, où il va être considéré, à l'instar d'un  Lloyd Bacon , comme un réalisateur à tout faire, et surtout des Series B.
Le film de ce soir date de 1945. Cela fait douze ans que Florey travaille avec le studio, et qu'il fait du sur place . La mode est aux séries noires et aux personnages inquiétants.
Cela tombe bien, puisque la Warner dispose d'un formidable acteur totalement inclassable, dont elle ne sait quoi faire : Zachary Scott.


On bâtit donc pour lui un scénario bateau qui en fait un salaud manipulant une brave femme et sa petite soeur. On lui adjoint Faye Emerson, qui était déjà sa partenaire dans l'intéressant Masque de Dimitrios, de Jean Negulesco, où ils étaient tous deux cependant bouffés tout crus par le tandem Sidney Greenstreet-Peter Lorre....


Le reste de la distribution est au rabais. Tout cela ne fait pas forcément un bon film. Du moins d'après les critiques de l'époque, car , je vous l'avoue, je ne l'ai pas encore vu, celui-là. On peut juste espérer qu'avec un réalisateur comme Florey, le désastre sera quand même moindre que dans d'autres séries B de la maison.
Tout en se rappelant, par honnêteté, que sur une autre de ses Séries B de l'époque, Lady Gangster, Florey était si dépité qu'il avait préféré signer du pseudonyme de Florian Roberts... J'écris ça, j'écris rien...

A plus !

Fred Ab.